Avec son univers clockpunk envoûtant, ses plateformes exigeantes et son esthétique peinte absolument superbe, Duskfade avait tout pour devenir l’une des belles surprises de l’été. Après plusieurs heures passées aux côtés de Zirian sur Nintendo Switch 2, le constat est toutefois plus nuancé : le jeu possède une identité artistique remarquable et un véritable potentiel, mais certains choix de gameplay et plusieurs problèmes techniques empêchent encore l’aventure d’atteindre tout son potentiel.
Il y a des jeux que l’on lance avec curiosité, et d’autres qui parviennent immédiatement à provoquer un véritable coup de cœur visuel. Duskfade appartient clairement à la seconde catégorie.
Dès les premières minutes, le titre développé par Weird Beluga et édité par Fireshine Games affiche une personnalité particulièrement affirmée. Son univers clockpunk plongé dans une nuit éternelle, ses décors peints, son héros Zirian, son épée et son fidèle compagnon Cuckoo donnent immédiatement envie d’explorer chaque recoin.
Sur le papier, Duskfade coche d’ailleurs beaucoup de cases appréciées des amateurs de jeux de plateforme à l’ancienne : exploration, collectibles, capacités de déplacement, combats, boss, environnements variés et progression basée sur la maîtrise du personnage.
Mais derrière cette superbe direction artistique se cache une expérience qui aurait encore besoin de quelques ajustements. Et sur Nintendo Switch 2, cette dualité entre le magnifique et le perfectible est particulièrement visible.
Une direction artistique qui attire immédiatement le regard
La première réussite de Duskfade ne fait pratiquement aucun doute : son identité visuelle.
Le jeu propose des environnements qui semblent avoir été peints à la main, avec une utilisation très généreuse des détails, de la lumière et des contrastes. Les forêts éthérées, les passages aquatiques et les différents paysages traversés par Zirian contribuent à donner au monde une véritable personnalité.
Le character design fonctionne également particulièrement bien. Zirian est immédiatement identifiable, et son équipement ainsi que ses différentes capacités de déplacement donnent envie d'en apprendre davantage sur lui.
C’est même l’un des aspects qui m’a le plus marqué : avant même de maîtriser parfaitement le gameplay, j’avais déjà envie de continuer l’aventure simplement pour voir ce que les développeurs avaient imaginé ensuite.
Duskfade possède ce petit supplément d’âme visuel qui donne envie de dessiner ses personnages, d’explorer son univers et de découvrir son lore.
Malheureusement, cette abondance de détails peut aussi se retourner contre le jeu.
Quand la beauté devient un problème de lisibilité
C’est probablement l’un des principaux paradoxes de Duskfade.
Le jeu est magnifique, mais il est parfois trop magnifique pour son propre bien.
La quantité de détails affichés simultanément, les contrastes et surtout l’utilisation très présente de la lumière peuvent rendre certaines scènes difficiles à lire. À plusieurs reprises, il m’est arrivé de chercher un ennemi simplement parce qu’il se fondait presque complètement dans le décor.
Dans un jeu de plateforme où la précision est essentielle, ce problème n’est pas anodin.
La lisibilité doit parfois passer avant l’esthétique. Or Duskfade semble régulièrement privilégier l’ambiance et la richesse visuelle au détriment de la clarté immédiate.
Même constat concernant l’orientation.
Certains environnements sont suffisamment complexes pour donner l’impression de tourner en rond. Le système de cloches devient alors un repère précieux pour retrouver son chemin, mais son utilisation semble parfois compenser un manque de repères naturels.
Quelques landmarks plus facilement reconnaissables et un éclairage davantage pensé pour guider le joueur auraient considérablement amélioré l’exploration.
L’idée n’est évidemment pas de rendre les niveaux linéaires. Au contraire : Duskfade semble vouloir encourager la curiosité et la recherche de collectibles. Mais lorsque l’on choisit de s’éloigner du chemin principal, le jeu doit permettre au joueur de retrouver son chemin sans avoir l’impression d’être perdu.
Le véritable point faible : les déplacements manquent encore de précision
C’est ici que mon enthousiasme commence réellement à se fissurer.
Dans un jeu de plateforme, les déplacements constituent le cœur de l’expérience. On peut pardonner un scénario discret, quelques textures moins détaillées ou même certains bugs. Il est beaucoup plus difficile de pardonner des contrôles qui manquent de précision.
Et Duskfade donne parfois cette impression.
Le principal problème vient d’une sensation de glissement.
Zirian conserve son élan après avoir relâché le stick, y compris lorsqu’il se trouve au sol. Une certaine inertie est évidemment intéressante, notamment dans les phases aériennes. Elle peut donner davantage de poids au personnage et rendre les mouvements plus dynamiques.
Mais ici, elle semble parfois trop présente.
Une simple pression légère sur le stick peut entraîner Zirian plus loin que prévu. Lorsqu’il faut effectuer une petite correction sur une plateforme, le personnage ne répond pas toujours avec la précision attendue.
Et c’est là que les choses deviennent frustrantes.
Dans un jeu qui demande de la précision, le joueur doit pouvoir faire confiance à ses inputs.
Lorsque l’on combine un déplacement un peu trop ample avec une inertie persistante après avoir relâché le stick, les petites plateformes deviennent dangereuses non pas nécessairement parce que le level design est brillant ou particulièrement exigeant, mais parce que l’on a parfois l’impression de ne pas contrôler exactement l’endroit où Zirian va s’arrêter.
Le problème est difficile à expliquer sans le ressentir manette en main, mais il est très présent.
Je voudrais pouvoir toucher le sol et savoir immédiatement que Zirian va rester là où je viens de le poser.
Duskfade doit encore affiner cette sensation de contrôle.
Des combats qui peuvent surprendre très tôt
Le système de combat constitue une autre source de frustration.
Duskfade semble vouloir proposer une aventure accessible tout en conservant une certaine exigence. Pourtant, certaines confrontations relativement précoces peuvent donner l'impression que le joueur n'est pas encore suffisamment préparé.
La difficulté n'est pas nécessairement un problème en soi. Les amateurs de jeux de plateforme et d'action sont même souvent les premiers à réclamer davantage de challenge.
Le problème vient davantage du sentiment généré par ces affrontements.
À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression de devoir utiliser des potions de manière très fréquente simplement pour survivre à certaines rencontres.
On pourrait évidemment répondre que le joueur doit simplement progresser et mieux maîtriser le système.
Mais la distribution généreuse de potions donne également l'impression que les développeurs ont conscience de cette difficulté et ont choisi de compenser les dégâts plutôt que de rééquilibrer certaines situations.
Le combat et la plateforme ne font pas toujours bon ménage
C'est particulièrement visible lors de certaines séquences combinant déplacement et affrontement.
Le combat contre Wrath illustre parfaitement le problème.
L'affrontement en lui-même n'est pas nécessairement impossible. Mais atteindre le boss et traverser certaines phases de plateforme peut devenir suffisamment frustrant pour donner envie d'abandonner.
C'est dommage, car une bonne difficulté doit provoquer de la satisfaction lorsque l'on réussit.
Ici, certaines séquences donnent davantage l'impression de chercher à compliquer artificiellement la progression.
La difficulté est une excellente chose lorsqu'elle récompense la maîtrise. Elle devient beaucoup moins intéressante lorsqu'elle semble simplement ralentir le joueur.
Et c'est précisément sur ce point que Duskfade doit encore trouver son équilibre.
Sur Nintendo Switch 2, la fluidité reste à surveiller
La version Nintendo Switch 2 affiche une ambition visuelle importante.
Le jeu est annoncé avec un plafond de 40 images par seconde en mode portable et 60 images par seconde en mode docké, avec une mise à l'échelle annoncée de 3x en portable et 5x sur le dock.
Ce choix est compréhensible : Duskfade veut conserver ses environnements riches, sa lumière et son niveau de détail plutôt que sacrifier sa direction artistique pour rechercher une fréquence d'images supérieure.
Mais certains passages peuvent encore connaître des baisses de performances.
Le build Nintendo Switch 2 mis à disposition avant la sortie comportait également plusieurs problèmes connus, notamment des soucis de clipping, des interactions parfois trop strictes avec le grappin et les rails, ainsi que plusieurs bugs pouvant perturber certaines séquences.
Le niveau de finition n'est donc pas encore totalement définitif.
Et c'est un élément important à préciser : Duskfade est actuellement dans ses dernières étapes de développement. Certains des problèmes rencontrés sont précisément identifiés par l'équipe et font encore l'objet de corrections.
Cela change forcément la manière d'évaluer le jeu.
Un problème de screen tearing particulièrement visible
Parmi les problèmes techniques rencontrés durant cette prise en main, le screen tearing mérite également d'être mentionné.
Sur la version testée, celui-ci pouvait apparaître malgré différents réglages.
Changer la qualité graphique, les FPS, les ombres, le motion blur ou encore activer et désactiver la synchronisation verticale n'a pas permis de résoudre complètement le problème rencontré.
Il s'agit évidemment d'un élément qui pourra évoluer avec les futures optimisations et le patch de lancement, mais sur une console aussi récente que la Nintendo Switch 2, ce type de défaut est particulièrement visible lorsque le reste de la direction artistique est aussi ambitieux.
De petits détails qui pourraient faire une grande différence
Certains reproches sont beaucoup plus anecdotiques.
Par exemple, tomber dans l'eau ou dans un trou entraîne quasiment immédiatement une réapparition sur la terre ferme.
C'est pratique.
Mais c'est aussi un peu étrange.
Une courte animation de chute, quelques secondes supplémentaires pour montrer Zirian sombrer ou disparaître dans les profondeurs auraient donné davantage de poids aux erreurs du joueur.
Ce détail ne change évidemment pas l'expérience globale.
Mais dans un jeu aussi attaché à son univers et à son identité visuelle, ces petits moments participent eux aussi à l'immersion.
Et pourtant… j'ai vraiment envie d'aimer Duskfade
C'est probablement le plus important à retenir de cette expérience.
Malgré toutes les critiques précédentes, Duskfade possède quelque chose de très attachant.
Dès le lancement, son univers fonctionne.
Zirian fonctionne.
Cuckoo fonctionne.
La direction artistique fonctionne.
Les capacités de déplacement donnent envie d'explorer.
Les collectibles encouragent la curiosité.
Et l'ensemble rappelle avec intelligence une époque où les jeux de plateforme récompensaient régulièrement le joueur qui acceptait de sortir du chemin principal.
Le contexte narratif contribue également à donner du sens à cette aventure.
Le monde de Duskfade est plongé dans une nuit éternelle et Zirian doit sauver sa sœur, prisonnière d'une mystérieuse Clock Tower. Accompagné de Cuckoo, il doit parcourir des terres dangereuses, affronter des boss et découvrir les secrets des Master Clockmakers afin de lever la malédiction.
Cette quête de passage à l'âge adulte ne semble d'ailleurs pas uniquement servir de prétexte à l'exploration. Chaque ennemi et chaque épreuve doivent représenter un obstacle émotionnel que Zirian doit surmonter.
Il y a donc une véritable ambition derrière Duskfade.
Et c'est justement pour cette raison que les problèmes de gameplay sont frustrants : parce que l'on voit très clairement le potentiel du jeu.
Duskfade est-il recommandé sur Nintendo Switch 2 ?
À ce stade, je serais prudent.
Duskfade n'est pas un mauvais jeu. Loin de là.
C'est même probablement l'un des titres les plus intéressants à surveiller pour les amateurs de plateformes 3D à l'ancienne.
Son univers est magnifique, son esthétique est immédiatement reconnaissable et son envie de proposer une véritable aventure basée sur l'exploration fait plaisir à voir.
Mais le jeu demande encore du travail sur les éléments les plus importants de son gameplay : la précision des déplacements, la lisibilité des environnements, l'équilibrage des combats et la stabilité technique.
Le bon côté, c'est que plusieurs de ces problèmes sont déjà identifiés par les développeurs.
Le grappin doit notamment bénéficier d'une zone de déclenchement plus permissive. L'accroche aux rails doit être améliorée. Plusieurs bugs connus sont en cours de correction et l'équipe poursuit ses optimisations.
Il faudra donc surtout surveiller les mises à jour qui accompagneront la sortie.
Verdict : un diamant encore à polir
Duskfade me laisse avec une impression assez rare : celle d'un jeu que j'ai envie de défendre tout en sachant qu'il n'est pas encore totalement prêt.
Il possède une âme.
Il possède un style.
Il possède une direction artistique qui peut réellement marquer les joueurs.
Et surtout, il possède cette capacité à faire naître immédiatement l'envie d'explorer.
Mais un excellent jeu de plateforme ne peut pas uniquement être beau. Il doit être précis.
Chaque saut doit sembler maîtrisé. Chaque déplacement doit répondre exactement à l'intention du joueur. Chaque combat doit donner envie de recommencer après un échec.
C'est là que Duskfade doit encore progresser.
À 29,99 € / 29,99 € / 24,99 £, le titre se positionne par ailleurs comme une aventure indépendante accessible financièrement. Sa sortie est aujourd’hui le 13 août, notamment sur Nintendo Switch 2, PlayStation 5 et Xbox Series X|S.
Pour les joueurs qui aiment les univers originaux et les plateformes 3D inspirées des classiques, Duskfade mérite clairement d'être surveillé.
Mais pour ma part, j'aurais aimé quitter cette aventure avec la même certitude que celle ressentie en découvrant son univers : celle d'avoir entre les mains un grand jeu de plateforme.
Duskfade n'en est pas encore là.
Il lui manque surtout cette dernière couche de finition qui transformerait une magnifique promesse en expérience véritablement mémorable.
Note : 7/10
Duskfade est un superbe jeu de plateforme qui donne très envie d'être aimé. Son esthétique et son univers sont ses plus grandes forces, mais ses contrôles trop glissants, une difficulté parfois frustrante et plusieurs problèmes techniques l'empêchent encore de briller pleinement. La bonne nouvelle ? Une partie de ces défauts est déjà connue des développeurs. Si les dernières semaines de développement permettent de les corriger, Duskfade pourrait bien devenir l'une des jolies surprises de l'été.