Y/CON 11 - Interview de Lost Memory

21-11-2025 09:40 SHOJOLAND

Bonjour Coralie, merci d'avoir accepté notre interview., L'équipe de DL GAMING et moi-même sommes ravies de faire ta connaissance.

Lost Memory  : Bonjour, merci pour l’interview. Moi, c’est Lost Memory, je m’appelle Coralie et j’ai 32 ans.

Peux-tu déjà commencer par te présenter ?

Lost Memory : Bien sûr. Comme je le disais, je suis Coralie, connue sous le pseudonyme Lost Memory. J’ai commencé à m’intéresser au manga quand j’avais environ 15-16 ans. À l’époque, j’étais hospitalisée, et comme il n’y avait pas grand-chose à faire à l’hôpital, j’en avais assez de regarder 36 fois les mêmes épisodes de Bob l’éponge. J’ai donc demandé à ma maman de m’apporter de quoi dessiner et lire. Elle m’a rapporté quelques mangas. 

Je connaissais déjà les animés, mais je ne savais pas qu’ils étaient liés au Japon. C’est ainsi que ma passion pour le dessin et le manga est née.

Comment est née ta passion pour le dessin, et qu’est-ce qui t’a poussée à en faire ton métier ?

Lost Memory  : Tout est parti de cette période d’hospitalisation. Le dessin est devenu mon échappatoire, puis une nécessité. Au fil du temps, j’ai compris que je voulais partager mes histoires, et que le manga serait mon moyen d’expression.

Comment as-tu vécu l’accueil du public après la sortie de ton manga Numéro Invalide ?

Lost Memory  : J’ai été très surprise par l’accueil, car les retours étaient presque unanimement positifs. Quand j’ai signé avec Akata, j’avais prévenu Bruno, le directeur, qu’il pouvait y avoir des réactions violentes ou du harcèlement. Finalement, il n’y a rien eu de négatif. 

En dédicace, beaucoup de personnes me remercient d’écrire sur ces sujets. Certaines découvrent l’intersexuation, un sujet très invisibilisé, d’autres ont vécu des violences médicales et se retrouvent dans mon parcours.

Dans Numéro Invalide, on ressent de la rage, de la mélancolie, de la tristesse, mais aussi de la poésie et de l’espoir.

Comment parviens-tu à équilibrer toutes ces émotions ?

Lost Memory  : C’est assez intuitif. Quand j’écris, je me concentre davantage sur le rythme que sur les émotions que je transmets. Je partage mes sentiments tels que je les ai vécus et tels que je les ressens encore aujourd’hui. Je ne calcule pas précisément quelles émotions passer à quel moment.

Quels ont été les principaux défis dans la création de ton manga ?

Lost Memory  : Le rythme est le plus difficile à gérer. Mon récit s’étend de l’annonce de mon intersexuation jusqu’au jugement du tribunal, car j’ai attaqué l’hôpital en justice. Chaque tome critique une institution :

  • Tome 1 : les violences médicales et mutilations intersexes
  • Tome 2 : la psychiatrie
  • Tome 3 : la scolarité
  • Tome 4 : le validisme et les discriminations liées au handicap
  • Tome 5 : la justice

Dans la réalité, tout cela n’est pas aussi « bien rangé ». Par exemple, mes hospitalisations psychiatriques se sont étalées sur plusieurs années, mais pour le manga j’ai dû condenser ces expériences pour éviter les redondances et garder l’intérêt du lecteur.

Numéro Invalide aborde des thèmes sensibles comme l’intersexuation, les violences médicales et le handicap. Peux-tu nous en dire plus ?

Lost Memory : L’intersexuation, c’est naître avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions médicales et sociales d’un garçon ou d’une fille. Souvent, le corps médical veut normaliser ces corps à tout prix, au risque de provoquer de lourdes complications physiques et psychologiques.

Les interventions sont parfois réalisées sans consentement libre et éclairé, et ces mutilations sont reconnues par l’ONU et le Conseil de l’Europe comme des actes de torture. Dans mon cas, des interventions à 15-16 ans ont entraîné des complications et un handicap. 

À travers mon manga, j’aborde aussi le validisme, car être intersexe, handicapée, et perçue comme femme entraîne des discriminations multiples. Mon objectif est de rendre visibles ces réalités.

Enfin, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le manga et raconter son propre vécu ?

Lost Memory  : Je lui dirais de se lancer. Si vous avez quelque chose à partager, il y aura toujours quelqu’un pour écouter et se sentir touché ou aidé par votre histoire. Quand on vit des violences ou qu’on fait partie d’une minorité, on a souvent l’impression d’être seul. Témoigner permet de trouver une communauté et de se sentir moins isolé.

Merci beaucoup, Coralie.

Lost Memory : Merci à vous !

L'interview est disponible en vidéo 

PART 1

PART 2

Shojoland, Est and Nao kiss

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